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les presses du réel

Dekotora

Dekotora Julie Glassberg - Dekotora
La photographe Julie Glassberg documente la culture alternative méconnue du dekotora, autour des camions décorés de peinture extravagante et de néons au Japon.
« À première vue, c'est un spectacle de couleurs vives et de lumières clignotantes sur des camions. Sous la surface, se cache pourtant un monde empreint de mystère et de poésie, souvent ignoré par la société "mainstream" en raison de l'image de mauvais garçons qui lui est associée.
À la fin des années 60, le dekotora ("camion décoré" en japonais) émerge comme outil de publicité pour les entreprises : par exemple, un camion de livraison de poisson d'Hokkaido est paré d'une peinture traditionnelle illustrant son contenu et sa provenance. Aujourd'hui, en raison des règlementations interdisant de telles décorations et de la mauvaise image que celles-ci peuvent donner, seules quelques petites entreprises – comme par exemple des services de livraison de poisson ou de fleurs – utilisent encore de tels véhicules.
Mon exploration du monde du dekotora a commencé en 2015-2016 quand je vivais au Japon, puis a continué en 2019 et 2023, après la pandémie, lorsque les frontières ont rouvert. J'ai passé la majeure partie de mon temps auprès du club Utamarokai, le plus grand, le plus ancien et le seul club qui s'étend à travers tout le pays. Son président bien-aimé, Tajima-san, est le propriétaire du Ichibanboshi ("Première étoile"), un camion célèbre pour ses apparitions dans les films Torakku Yarō ("Les Camionneurs", avec l'acteur renommé Bunta Sugawara) qui ont rendu célèbre le dekotora et ont influencé toute la pop culture japonaise, des clips musicaux aux jeux vidéo en passant par les publicités.
Malgré son aspect relativement fermé, la communauté du dekotora organise régulièrement des évènements publics, présentant ses créations avec fierté. Beaucoup de ces rassemblements servent des causes caritatives, comme l'aide aux victimes du séisme de 2011, qui font toujours face à d'importantes difficultés. Ma rencontre avec l'expert en pop culture Kyoichi Tsuzuki m'a permis de mieux comprendre l'importance du dekotora. Au-delà de son apparence clinquante, ce phénomène illustre le penchant traditionnel du Japon pour les décorations très élaborées : corbillards, pierres tombales, temples, mikoshi (palanquins utilisés lors des célébrations shintoïstes) ; des pratiques qui sont encore profondément ancrées dans les communautés rurales et suburbaines. C'est un écho du passé, à des souvenirs d'enfance, quand ces vaisseaux apparaissaient régulièrement le long des autoroutes.
Par ailleurs, le dekotora s'accompagne d'une bande originale particulière, principalement de la musique japonaise enka, qui reflète une manière de penser très traditionnelle mais en même temps très sentimentale et poétique. Ichibanboshi Burus ("Le blues d'Ichibanboshi"), une chanson de la série de films Torakku Yarō, est devenue un hymne pour les conducteurs de dekotora.
Au sein de la communauté du dekotora, j'ai croisé des individus dont le style et la personnalité semblaient se contredire. Mon objectif était de saisir l'essence de ce mouvement, son atmosphère et ce qui définit son identité. Ce qui est particulièrement intéressant, c'est à quel point ce monde de camionneurs diffère de ce à quoi l'on pourrait s'attendre : c'est dur, c'est rude, mais on y trouve aussi un vrai sentiment de beauté et de nostalgie. Beaucoup de ces conducteurs, souvent issus de milieux modestes et au mode de vie traditionnel, réalisent leur rêve d'enfance à travers la décoration de leur camion.
Laissez-vous embarquer dans l'univers du dekotora, un monde où les rêves deviennent réalité et où chaque scintillement raconte une histoire de passion et de détermination. »
Julie Glassberg
Julie Glassberg (née en 1984) est une photographe française basée à Paris. Diplômée en arts graphiques en 2008, elle part étudier le photojournalisme et la photographie documentaire à l'International Center of Photography, à New York. Après sept ans dans cette ville, où elle collabore avec The New York Times, elle s'installe un an à Tokyo. Elle s'intéresse à la diversité des cultures, aux milieux underground et aux marginaux de la société. Son travail est publié dans la presse internationale et a été récompensé à plusieurs reprises.
Conception graphique : Heijdens Karwei.
 
2026 (parution prévue au 3e trimestre)
édition trilingue (français / anglais / japonais)
21 x 28 cm (relié)
212 pages (100 ill.)
 
62.00
 
ISBN : 978-3-907236-94-9
EAN : 9783907236949
 
à paraître
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